06 janvier 2021
LAMPOOM MILANO

Tentatives au Sud : peut-on recommencer à cultiver du coton en Italie ?
Coton : la plante la plus cultivée au monde pour un usage non alimentaire. Pour produire un kilo de coton – l’équivalent d’un t-shirt et d’un jean – il faut vingt mille litres d’eau.
La demande continue de coton en a modifié la culture. C’est la plante la plus transformée au monde pour un usage non alimentaire. Pour garantir son rendement maximal, les cultures de coton ont été, au fil des ans, contrôlées et suivies via des traitements aux engrais, pesticides, herbicides, de grandes quantités d’eau et une défoliation artificielle. Cela cause des dommages environnementaux, une fertilité moindre des sols et des dommages physiques pour ceux qui travaillent dans les champs. Pour produire un kilogramme de coton, correspondant à la réalisation d’un t-shirt et d’un jean, il faut vingt mille litres d’eau. Le coton biologique est une alternative qui représente actuellement seulement un faible pourcentage de la production mondiale de coton, mais qui vise à devenir la norme de la filière textile. Pour être considéré comme biologique, le coton doit être certifié et contrôlé dans toutes ses phases de transformation. Il ne doit pas provenir de semences génétiquement modifiées, ne doit pas être traité avec des matériaux polluants ou nocifs pour la plante ou le sol, doit respecter la rotation des cultures et promouvoir un environnement de travail sain.
Une approche holistique qui répond aux normes de la Better Cotton Initiative, un programme mondial de durabilité de la filière qui, lors de la dernière saison de récolte, a concerné vingt-deux pour cent de la production mondiale. Du semis à la récolte, de l’égrenage (la sélection du coton juste après la récolte) jusqu’à la teinture. « Le coton est la fibre que l'on obtient du fruit de la plante à maturité sous le soleil. Les caractéristiques de cette fibre, qui lui donnent ensuite sa valeur et son utilisation finale, sont la longueur (la soie), la finesse (micronaire), la résistance à l’allongement (pressley), la couleur, le degré d’impureté et de saleté. La qualité de la fibre dépend du type de semence, du type de culture, de l’irrigation, de l’environnement dans lequel il est cultivé (qui peut varier suite à des orages ou à un climat trop chaud). La même variété de fibre peut donner des récoltes différentes selon la façon dont le terrain est traité », explique Ilario Bregolato, responsable filature de Candiani Denim. « La qualité du coton est la base, pour construire un fil et un tissu durables dans le temps. Dans le textile, on a toujours cherché à mélanger le coton pour maintenir constants les standards qualitatifs. Habituellement, on n’utilise pas un seul type de coton, aussi parce que la plante est saisonnière – garantir l’uniformité sur une production annuelle et à l’échelle industrielle nécessite le mélange des fibres de coton », souligne Bregolato.
COURTESY OF CANDIANI DENIM
Les entreprises textiles achètent du coton dans différents pays en fonction du type de fibre nécessaire au tissu (finesse supérieure pour un fil de prestige, couleur blanche pour la chemiserie, résistance pour le denim). C'est pourquoi contrôler toute la filière, des champs à l’arrivée des balles de coton dans l’entreprise, est une opération complexe. Candiani Denim achète environ dix mille tonnes de coton par an : « La majeure partie de notre coton provient du Brésil (plus de cinquante pour cent), ensuite il y a le coton biologique d’Inde (qui provient de nombreux petits cultivateurs) et celui américain (des cultures du Texas et de Californie). Nous nous fournissons également auprès de cultivateurs de Côte d’Ivoire et nous avons récemment un nouveau partenaire en Ouganda. Il est impossible de prendre le coton au même endroit, car chaque fibre a des caractéristiques différentes », explique Danielle Arzaga, responsable durabilité de Candiani. L’un des objectifs de l’entreprise est de retracer l’origine biologique du coton en commençant par la sélection des semences. « Notre objectif est d’arriver à l’origine de celui qui cultive le coton et d’utiliser des matières premières non polluées, biologiques. Cela vaut également pour les colorants et les produits chimiques utilisés en teinturerie. Nous avons travaillé à la réalisation d’une semence hybride (non génétiquement modifiée mais ingénierée) conçue pour obtenir un coton biologique fin mais résistant et surtout cultivable dans différentes régions », souligne Arzaga, « l’idée est celle d’extraire des matières premières qui viennent de la terre pour ensuite les ramener à la terre, pour fermer le cercle de la durabilité ».
Le coton par nature est une fibre inélastique. Pour réaliser du denim stretch, il est nécessaire d’associer aux fibres de coton une fibre synthétique dérivée du pétrole comme l’élastomère.
Candiani a trouvé un substitut biologique, un caoutchouc naturel, qui permet d’obtenir la même souplesse et élasticité du tissu. Coreva est un tissu en denim stretch et biologique.
Toujours en Lombardie, dans la province de Bergame, à Albino, se trouve Albini Group, entreprise textile engagée depuis cinq générations dans la production de tissus haut de gamme et premier producteur de tissus pour chemiserie en Europe. Depuis 2012, suite à la nécessité d’avoir un centre de recherche et de développement pour produire des tissus toujours plus fins et contrôlés, est née la société parallèle au groupe I Cotoni di Albini, qui a clôturé 2019 avec un chiffre d’affaires de vingt-huit millions. « Nous avons commencé la recherche de matières premières directement auprès des cultivateurs. Jusqu’alors, on achetait seulement les fils », explique Daniele Airoldi, administrateur délégué de I Cotoni di Albini. La sélection naturelle de la matière première est faite justement pour la destination d’usage. La chemiserie requiert le travail de fils très fins (avec un micronaire élevé). « Cela réduit le bassin de fournisseurs à quelques-uns. Les nôtres sont concentrés dans trois pays : de la niche du Sea Island des Caraïbes, aux précieux cotons d’Égypte (Giza 44 et 87) et aux États-Unis (Supima). Les cotons biologiques requièrent un accord complexe, on s’assoit à une table et on parle directement avec le cultivateur. Il faut environ deux ou trois ans d’accords directs avec le cultivateur pour avoir du coton biologique », explique Airoldi. Pour obtenir la certification GOTS (Global Organic Textile Standard), il faut au moins trois ans de terrain cultivé en bio. Semis et récolte, dans le cas des cotons égyptiens Giza 44 et Giza 87, sont faits à la main ; le coton américain est en revanche récolté mécaniquement.
« Le coton biologique est l’évolution naturelle de la production de coton, le parcours de conversion a commencé mais il y a beaucoup de contraintes. Il faut trouver le partenaire qui veut le faire et les terrains pour le faire, il faut un terrain bio. En Jamaïque par exemple, la production biologique n’existe pas. Il est difficile de trouver des semences et des terrains sans OGM. Il y a trois ans, nous avons commencé avec les États-Unis, où il y a une production alimentaire contrôlée (comme la tomate et l’ail) qui peut être une base fertile aussi pour le coton biologique, à travers la rotation des cultures. Aux États-Unis, nous avons sélectionné des cultivateurs qui travaillent le Supima normal – une qualité de coton long connue pour ses fibres blanches longues et fines – à qui nous avons demandé la conversion. Le premier a été au Nouveau-Mexique il y a quatre ans, il y a deux ans nous en avons sélectionné un en Californie et l’année dernière au Texas. Cette année, nous ferons notre plus grande production de coton biologique blanc », raconte Airoldi.
Après des années de recherche pour assurer la traçabilité du produit fini, I Cotoni di Albini a développé en collaboration avec Supima (association de cultivateurs américains) et Oritain, leader mondial de la science forensique, une empreinte digitale du coton. L’analyse commence directement avec la collecte d’échantillons de coton sur le champ d’origine et continue à n’importe quelle phase de la chaîne d’approvisionnement. Seule une correspondance exacte, en termes de qualité de la fibre, pourra dire que le coton n’a pas été substitué ou contaminé. « Nous ne voulons pas que le biologique devienne une niche, mais qu’il devienne la norme. L’année dernière nous avons produit mille deux cents balles de coton, cette année mille cinq cents », souligne Airoldi.
FILATURE, ALBINI GROUP
En parallèle, I Cotoni di Albini développe un coton recyclé, le Retwist, qui vise à créer un nouveau fil réalisé avec du coton régénéré en associant une partie de rebut de la première filature biologique à une partie de coton biologique américain. La partie la plus polluante dans la production de fil de coton est celle de la teinture. Albini, en partenariat avec le Next Innovation Hub (siège au Kilometro Rosso de Bergame), réalise des tests sur des couleurs minérales totalement d’origine naturelle, dérivées de terres de carrières italiennes et européennes. « D'une pièce, nous savons tout. C’est une exaspération coûteuse et exigeante qui est désormais entrée dans notre ADN. Maintenant nous ne pouvons plus revenir en arrière et au contraire, nous devons la cultiver de plus en plus », soutient Airoldi.
Réaliser du fil en coton biologique nécessite une dépense plus importante car la matière première coûte le triple de celle normale. « Nous utilisons des cotons biologiques qui présupposent que la semence n’a pas été modifiée à l’origine et que la culture n’a pas utilisé de pesticides ou d’autres matériaux nocifs. La qualité du coton biologique, en termes de rendement de la fibre, est encore basse par rapport aux standards traditionnels ; le prix est élevé car la production est moindre et les risques liés à la productivité sont élevés », raconte Roberto Bonino, responsable achats et matières premières du Cotonificio Olcese Ferrari. Historique cotonificie fondé en 1904 dans la Valle Camonica bresciane avec deux établissements de production à Adro et Piancogno.
Si la recherche de la matière première est déjà un parcours articulé, la réalisation du fil de coton nécessite divers passages. Quand le coton biologique arrive dans l’entreprise, il est divisé en balles de coton. Celles-ci sont ouvertes, les flocons de coton sont prélevés et divisés par les machines selon la recette de mélange que l’on veut réaliser. Dans cette phase, le coton est pressé et nettoyé de la partie impropre encore présente (comme les bâtonnets, le bois ou les feuilles). Puis on passe au cardage, phase durant laquelle les fibres sont orientées dans la même direction et dont on obtient un voile convoyé en ruban. Plusieurs rubans sont unis et préparés ordonnément au peignage. La machine peigneuse sélectionnera les fibres de meilleure longueur qui seront ensuite réunies en un seul ruban dans le banc d'étirage. Après ces passages, les rubans réunis sur les mèches sont passés, tordus et à nouveau étirés jusqu’au banc à broches, qui prépare les bobines pour la machine à filer, dont on obtiendra le fil de coton qui sera tissé. Le coton du Cotonificio Olcese Ferrari est acheté dans différentes parties du monde, en fonction de la qualité et des caractéristiques de longueur, finesse et résistance requises. Du Kazakhstan, Tadjikistan, Ouzbékistan à la Grèce jusqu’en Égypte et aux États-Unis (Californie).
FILATURE, COTONIFICIO OLCESE FERRARI
Pourquoi le coton n’est-il pas cultivé en Italie ? Jusqu’aux années soixante-dix, le coton était encore produit en Sicile et dans la Capitanata, partie septentrionale des Pouilles, puis les cultures ont été interrompues ou se sont consacrées à la culture de céréales, blé, tomates et betteraves à sucre. Michele Steduto et Pietro Gentile, ingénieurs amoureux de leur terre et du passé agricole dédié au coton de la Capitanata, ont décidé de faire repartir la tradition et de commencer une culture expérimentale de coton. « Nous voulons créer une alternative à l’agriculture de notre zone et une filière courte, très courte, de produits totalement italiens », explique Steduto, administrateur délégué de Gest. Leur objectif est de produire de la chemiserie haut de gamme entièrement réalisée avec du coton biologique cultivé dans les Pouilles, à deux pas du Gargano. « Le premier semis a été fait le 8 mai, en plein confinement, après des mois de recherche et de sélection des semences avec l’aide d’agronomes experts. Nous avons décidé de suivre trois typologies différentes provenant d’Espagne et de Grèce, et le choix est lié à la possibilité de cultiver avec des températures plus similaires aux nôtres. Les semences ne sont pas génétiquement modifiées et aucun engrais ou pesticide n’a été utilisé. Nous avons effectué trois binages pour préparer le terrain. Nous visons à obtenir la certification GOTS mais pour l’obtenir, en suivant tous les standards, il faut au moins douze ou dix-huit mois », expliquent-ils. Trois hectares cultivés qui, en septembre, période de récolte, devraient rapporter environ cent cinquante quintaux de coton qui sera tissé, pour le moment, par une autre entreprise.
CHAMPS DE COTON GEST
«Pour réaliser nos chemises sur mesure, huit étapes à la main sont nécessaires. Au départ, nous étions considérés comme des extraterrestres. Maintenant que le champ est vert, beau et vigoureux, les gens ont radicalement changé d'avis. Nous sommes devenus à moitié humains. Nous espérons devenir pleinement humains avec la récolte. L'inconscience aide parfois et rend les choses possibles ; tous ceux du secteur ne s'en sentaient pas capables, nous l'avons fait. Et maintenant, ils nous observent, ils sont tous en attente », racontent-ils.















